De la longue descendance éparpillée d’Eole, vigoureux progéniteur de 12 enfants, on raconte que l’un d’entre eux aurait choisi pour exil inspiré, tel un nouvel Ulysse errant, le Minervois où il trouva sa nouvelle demeure : un “couloir” parfait entre Pyrénées et Montagne Noire.

De là, bien installé sur un rocher cerné de gorges profondes, aux à-pics impressionnants, il ressortit son bien le plus précieux, dérobé à son lointain ancêtre, la fameuse Outre à vents. Il l’ouvrit et en libéra de grandes bouffées qu’il orienta aux forces cardinales de l’azur.

Depuis, tel un régisseur, il organise avec bienveillance, au lumineux théâtre de la Nature, le spectacle éternellement recommencé des courants d’air.

ptittefeuille Où la légende rencontre l’histoire

Au VIe siècle av. J.-C., notre génie souffleur accueillit “à bras ouverts” les colons grecs, dignes hérauts des premiers plants de vigne, qui s’installèrent d’abord à Agde avant que leurs descendants ne remontent peu à peu sous l’ère gallo-romaine vers le vaste amphithéâtre du Minervois et s’attachent à le cultiver et le rendre fertile. De là, les vents qui avaient “pris racine” furent peu à peu baptisés, vénérés – parfois craints ! – et même déifiés comme le Circius qui possède son Temple sur les hauteurs de Saint-Cyr.

Chaque vigneron apprit alors à se servir des vents et de leurs caprices pour en tirer le meilleur parti. C’est au cœur de ce patrimoine en plein air que les vignerons du Minervois fiancent aujourd’hui grenache, syrah et carignan pour élaborer des vins de plein air, millésimés aux libres envies des vents, caractérisés par la douceur et la richesse des tanins ainsi que le respect originel du fruit.

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ptittefeuille Une énergie à caresser dans le sens du vin

Ainsi de ces vents aux origines incontrôlées qui parcourent les vignobles du Minervois sans vergogne naissent des AOC dont l’élégance, la rondeur et la structure sont devenues, au fil d’un travail forcené et passionné des vignerons, de véritables références. Mais attention ! Le vent n’est pas un magicien devant lequel il suffirait de se coucher en attendant que pousse la plante et ne vienne le fruit. Non, le vent dans le Minervois, il n’en fait qu’à sa tête, levant des armées soufflées au gré de sa guise !

Et les vignerons, qui adorent ce caractère insoumis voire provocateur du vent (qui leur ressemble !) ont retenu la leçon : on ne dompte pas le vent, on compose avec !… Son orientation, sa force et sa fréquence, différente chaque année, influencent directement les travaux du vigneron, la qualité de la vendange puis celle des vins.

ptittefeuille Riches heures et petites contrariétés

Par exemple, le vent sèche les raisins et les préserve des maladies en emportant de nombreux parasites ce qui limite le recours aux traitements et contribue ainsi au respect de l’environnement.

Il assainit aussi le vignoble, il “nettoie” l’atmosphère et purifie l’air. A la floraison, il favorise une meilleure pollinisation. Dans la période qui précède les vendanges, une bonne brise, souvent nocturne, apporte la fraîcheur nécessaire pour favoriser, de concert avec le soleil, l’évapo-transpiration (1) ; un phénomène naturel qui concentre le raisin et évite qu’il ne soit trop chargé en eau. Mais trop fort ou trop violent, il peut casser des jeunes sarments, disséminer les spores d’oïdium et les insectes, trop assécher la vigne ou accroitre son stress hydrique avant la vendange.

(1) Evapo-transpiration : quantité d’eau transférée vers l’atmosphère par l’évaporation au niveau du sol et par la transpiration des plantes).

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ptittefeuille Des vignes coiffées sous le vent

Alors pour bénéficier au maximum de ses effets et ne pas trop subir ses excès, les vignerons du Minervois, aussi amoureux de leurs vignobles que respectueux du vent ont fait preuve de pragmatisme et d’esthétique.

Ils ont appris à planter la vigne en calculant sens du vent dominant et celui de la pente pour protéger aussi bien le végétal que le sol. Ils y ont souvent ajouté des haies comme autant de brise-vent ; des haies d’espèces à feuillage persistant (cyprès) côté est et ouest, des fruitiers à feuilles caduques (figuiers, amandiers…) côté sud pour laisser passer le soleil en hiver et donner de l’ombre en été. D’où ces paysages à l’aspect finement “brushé“ avec de longues lignes colorées selon les saisons qui se répondent de sud-est vers le nord-ouest éclairées de ces langues de verdure dressées à l’emporte-ciel.

ptittefeuille Au bon air des caves…

De même, l’orientation des caves n’est pas anodine : s’il faut se protéger des vents, il faut aussi s’en servir pour une ventilation et une climatisation naturelles. Les “fenestrons” ronds (ou demi-ovales) qui ornent souvent le haut des murs des caves, laissent passer l’air et réduisent l’entrée de la lumière. Car le vent poursuit son travail, même au chai et là aussi il faut s’adapter. La simple recension d’adages locaux le prouvent : “la lie remonte par vent Marin, alors que le Cers la plombe”, “le vin se pose moins quand le Marin souffle que quand c’est vent du nord” ; “les levures sont plus actives quand c’est Marin” ; Ainsi les vignerons comme tous artisans qui pétrissent les trésors de la Nature, ne travaillent pas de la même façon selon les vents qui ont une influence jusqu’au cœur des cuves.

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