À l’instar de mon confrère-chroniqueur-épicurien Athanaël, je ne suis pas native de la région, mais j’y vis depuis plus de quinze ans et y ai passé le plus clair de mon enfance et de mon adolescence, avant d’y revenir, adulte, pour y poser mes valises. Principalement pour mon métier : le Tourisme, mais surtout par attachement à cette terre d’adoption.

En effet, ce sont mes grands-parents, dès ma naissance, qui m’ont fait découvrir l’Aude, par la côte, tout d’abord. Toulousains d’origine espagnole, ils avaient acheté une veille maison dans les Corbières maritimes au début des années 70, pour la rénover et en faire le lieu de villégiature familial.
À cette époque, la région subissait ses premières mutations touristiques via les aménagements de la Mission Racine et les anciens, qui voyaient arriver en masse les touristes estivaux, appelaient les toulousains « les envahisseurs » ou les « parigots » des « têtes de veaux » (ce qui, à ma connaissance, n’a jamais été formellement démontré, non?!)…
Pour résumer et vous l’aurez compris par ce raccourci un peu facile, j’en conviens : même s’ils étaient conscients de la part économique considérable que représentait le Tourisme, ils semblaient plutôt le subir et ne voyaient pas encore tout l’intérêt de développer une nouvelle forme de valorisation de LEUR patrimoine et de préservation de l’environnement naturel.

Trente ans plus tard, lorsque je me suis installée dans la région, les mentalités avaient évolué et les politiques publiques également.
Si les paysages époustouflants et si diversifiés que j’aimais tant étaient restés les mêmes, c’est en oeuvrant au développement touristique territorial pendant plus de 13 ans, que j’ai découvert des hommes et des femmes animés par la passion de leurs terroirs et de leurs métiers.
À commencer par la viticulture. En effet, collaborer, entre autres projets, à la promotion des appellations m’a permis d’en apprécier les vins dès mes débuts. Moi, la non-initiée (hormis par la fête annuelle du Beaujolais Nouveau et vous pouvez me croire, à Toulouse, elle laisse des traces indélébiles dans votre mémoire, ainsi que sur vos vêtements) ; pleine d’a priori probablement inculqués dès l’enfance par mon grand-père sur, je cite : « la piquette locale produite en masse » ; j’ai commencé à rencontrer, comprendre, déguster, savourer et…aimer.

Les vins du Minervois, je les ai donc connus avant même d’en connaître le territoire. J’étais alors tournée vers la narbonnaise et ne faisais que « traverser », lorsque j’empruntais la fameuse Route Minervoise pour rejoindre Carcassonne, puis Toulouse.
Dur métier, me direz-vous, mais en fin de réunion de travail avec les partenaires publics et privés, coutume était d’échanger plus convivialement autour d’un bon verre des crus locaux.
J’ai notamment le souvenir, il y a fort longtemps, d’une certaine Léopoldine me tendant un verre en me disant : « c’est LA référence à connaître en matière de muscat : la Rolls du genre ! ». C’était le muscat du Domaine de Barroubio, de Saint Jean de Minervois et c’est depuis, mon préféré (mille excuses à tous les autres producteurs qui liront ceci). J’ai eu, entre temps, l’occasion de découvrir bien d’autres vins de l’appellation, notamment les vins rouges, vers lesquels mon coeur penche. Car le vin est selon moi une affaire de coeur, pas seulement de goût et encore moins d’alcool (je sais, je sais, il en contient aussi, mais que sommes-nous face à un processus naturel?! J’en conviens : il faut le consommer avec modération de façon à savoir l’apprécier à sa juste valeur).
Bref, en 2005, à la recherche d’une maison, nous avons complètement par hasard atterri à Puichéric, dans le Haut Minervois et acheté une ancienne maison…vigneronne ! (dont j’ai conservé les grandes cuves à vin, sait-on jamais, je pourrai un jour me reconvertir ?!)
Mais il n’y a pas de véritable hasard, finalement. Ma grand-mère (oui, toujours la même), à qui je faisais visiter la maison à cette époque, me dit : « C’est incroyable, mais je me souviens de ce coin, en réalité.
C’est ici qu’enfant, j’ai accompagné mes parents espagnols pour mes toutes premières vendanges avec eux. ». La boucle était bouclée, dirait-on.

Alors, depuis 10 ans, j’apprécie la douceur de vivre de cette terre Minervoise, si proche et pourtant loin du tumulte des zones urbaines, la beauté de ses paysages tantôt sauvages, tantôt façonnés par l’homme à travers l’Histoire et j’en découvre encore de multiples facettes, au contact de ses acteurs et habitants, auxquels il me plaît de donner la parole dans mon métier, afin de promouvoir leurs initiatives, leurs produits, leurs lieux incontournables…

Les articles de Carine